Faire taire les injonctions

Il y a beaucoup d’injonctions dans notre société.

Il faut être belle, mais si possible être naturelle, parce qu’être belle sans le savoir, a priori, c’est mieux que d’être belle et de le savoir. Etre belle et naturelle donc. Mais pas trop non plus, il ne faut pas déconner. Les cheveux gras du dimanche et l’haleine du matin, non merci. A minima, il faut avoir l’air fraîche et reposée, avoir un beau teint, de beaux cheveux. Les ongles faits, pourquoi pas.

Attention, pas trop de maquillage. Mais un peu quand même. Le teint brouillé et les cernes sous les yeux, non merci. Du maquillage nude alors. Pour avoir l’air d’être belle au naturel en ayant passé une heure dans la salle de bain. Et là, s’exposer à la réflexion tellement énervante du conjoint : « tu as mis tout ce temps pour ça ? ». Avec le « ça » bien accentué.

Il faut être mince bien sûr. C’est comme ça que sont les belles femmes. Et puis c’est mieux pour la santé. Les formes, les rondeurs, ok pourquoi pas. Mais seulement si tu as les rondeurs de Beyoncé (la blague quoi). Donc pas trop ronde en fait.

Mais attention, pas trop mince non plus. Il ne faut pas avoir l’air trop maigre. Etre mince, ni trop, ni pas assez. Avoir des formes aux bons endroits. Ni trop, ni pas assez.

Il faut être heureuse aussi. Très important, le bonheur. La quête suprême de notre société. S’épanouir. Vivre des expériences humaines. Voyager aussi. Etre bien dans sa peau.

Et il faut s’accepter, s’aimer, s’assumer. Et en même temps s’embellir, mincir. Double injonction contradictoire. Double peine.

Mais à quoi nous mène cette quête du mieux, du plus ? La recherche perpétuelle du bonheur ne nous éloigne-t-elle pas du bonheur ? A trop vouloir être plus belle, plus épanouie, plus assumée, ne perd-on pas pied avec la réalité ?

L’injonction d’être plus beau, plus mince, plus musclé, nous la connaissons tous.

Mais même l’injonction de s’aimer et de s’assumer n’est-elle pas un couteau de plus enfoncé dans la plaie ? Nous serions tous sans doute beaucoup plus heureux si on ne nous martelait pas à longueur de journée que nous devrions l’être.

Laissons-nous déprimer quand le monde tourne mal.

Laissons-nous avoir l’air crevés après avoir fait une nuit blanche.

Laissons-nous regarder nos ventres, nos fesses, nos cuisses et les détester.

Laissons-nous regarder nos ventres, nos fesses, nos cuisses et nous dire qu’après tout, c’est pas si mal.

Laissons-nous être bien dans notre peau.

Laissons-nous être mal dans notre peau.

Laissons-nous respirer sans nous dire ce que nous devons faire, dire, penser, manger.

Et revenir aux choses simples. Apprécier les petits plaisirs. Etre heureuse. Ou pas. Selon les heures, les jours, les semaines.

Parce qu’on ne peut pas être heureux non-stop, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Et que prendre conscience de ça, c’est peut-être la clé de la liberté.

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Cette tasse est vide. Ceci est un billet du lundi matin.

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